Éolien en Wallonie : la Cour constitutionnelle annule la participation citoyenne obligatoire
Le 2 juillet 2024, la Cour constitutionnelle belge a annulé les dispositions imposant aux développeurs de projets éoliens d'ouvrir près de 50 % de leur financement aux citoyens et aux communes en Wallonie. Saisie par plusieurs acteurs du secteur de l'énergie, la Cour a estimé que cette obligation constituait une restriction disproportionnée à la liberté d'entreprendre.
- Date de l'arrêt
- 2 juillet 2024
- Juridiction
- Cour constitutionnelle
- Objet
- Annulation des articles 5 et 6 du décret wallon du 29 avril 2024
- Secteur concerné
- Projets éoliens en Région wallonne
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Arrêt n° 82/2024 du 2 juillet 2024Annulation de l'obligation de participation citoyenne et locale.
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Décret de la Région wallonne du 29 avril 2024Dispositions modifiant les règles d'octroi du permis d'environnement pour l'éolien.
Un cadre légal wallon pour l'éolien
En Wallonie, le développement de parcs éoliens est soumis à des règles d'implantation strictes et nécessite l'obtention d'un permis d'environnement. Afin de répondre aux réticences locales et d'accélérer la transition énergétique, le législateur wallon a adopté le décret du 29 avril 2024. Ce texte est venu modifier le décret du 11 mars 1999 relatif au permis d'environnement.
La mesure principale de ce nouveau décret résidait dans ses articles 5 et 6. Ceux-ci imposaient aux développeurs de projets éoliens d'ouvrir une part très significative de leur investissement aux acteurs locaux. Concrètement, lors de la demande de permis, le promoteur devait prouver qu'il avait formulé une proposition de participation financière :
- Aux citoyens, pour un seuil minimum de 24,99 %.
- Aux pouvoirs locaux (les communes), pour un autre seuil minimum de 24,99 %.
Au total, l'obligation imposait donc de réserver au moins 49,98 % du projet éolien à ces deux groupes.
Par ailleurs, le décret prévoyait un mécanisme de départage pour les projets dits « incompatibles ». Lorsque plusieurs demandes de permis concernaient des éoliennes concurrentes sur un même territoire et présentaient un rendement énergétique comparable (avec une différence de productible inférieure à 15 %), l'autorité devait accorder la priorité au projet présentant le taux de participation locale et citoyenne le plus élevé.
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Un recours porté par les acteurs du secteur de l'énergie
Ces nouvelles règles ont rapidement suscité des inquiétudes parmi les professionnels de l'énergie. Plusieurs associations et entreprises, dont la fédération EDORA, la Fédération Belge des Entreprises Électriques et Gazières, ainsi que des sociétés telles qu'Electrabel, Luminus, Storm Management et Ventis, ont saisi la Cour constitutionnelle.
Leur objectif était d'obtenir l'annulation des articles 5 et 6 du décret wallon. Les requérants avançaient que ces dispositions imposaient une contrainte excessive sur leurs activités. Selon eux, obliger un développeur à céder la moitié du financement et potentiellement des bénéfices de son projet à des tiers portait une atteinte grave à la liberté d'entreprendre.
De plus, ils estimaient que cette obligation violait la libre circulation des capitaux, garantie par le droit européen, en réservant une grande part des investissements aux résidents locaux au détriment d'investisseurs d'autres États membres de l'Union européenne. Ils soulignaient également que les personnes participant financièrement aux projets étaient souvent déjà convaincues par l'énergie éolienne, ce qui ne réglait pas l'opposition des riverains mécontents.
Du côté de la défense, le Gouvernement wallon et l'association REScoop Wallonie (intervenante à la cause) arguaient que cette obligation était justifiée. Selon eux, l'implication financière des riverains permet de lutter contre le rejet local des infrastructures et favorise l'acceptabilité sociale, une condition requise pour atteindre les objectifs climatiques de la région.
La décision de la Cour constitutionnelle : une restriction disproportionnée
Le 2 juillet 2024, la Cour constitutionnelle a rendu son arrêt numéro 82/2024. Les juges ont procédé à une analyse détaillée de la balance entre les objectifs de la Région wallonne et les droits des entreprises.
La Cour reconnaît d'emblée que la volonté d'améliorer les procédures d'octroi de permis et de renforcer l'acceptabilité sociale des projets éoliens constitue une raison impérieuse d'intérêt général. La transition énergétique et la lutte contre le changement climatique justifient que les pouvoirs publics prennent des mesures fortes.
Cependant, la Cour rappelle que la liberté d'entreprendre implique le droit pour toute entreprise de choisir librement ses partenaires économiques et de déterminer comment elle utilise ses propres ressources financières. De même, la libre circulation des capitaux (protégée par l'article 63 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne) interdit les mesures nationales qui limiteraient l'acquisition d'actions par des non-résidents ou dissuaderaient les investisseurs étrangers.
En analysant le décret wallon, la juridiction a constaté que la part de l'investissement réservée en priorité aux citoyens et aux pouvoirs locaux était très élevée. De plus, l'obligation d'atteindre ce seuil devenait une condition déterminante pour obtenir le permis d'environnement face à un projet concurrent. La Cour a souligné que, par le passé, de simples recommandations non contraignantes existaient et encourageaient déjà cette participation sans l'imposer strictement.
La Cour a jugé la combinaison d'un taux obligatoire de 49,98 % et du mécanisme de sélection des projets comme une restriction disproportionnée de la liberté d'entreprendre et de la libre circulation des capitaux, sans même examiner si ces mesures étaient nécessaires.
L'annulation des dispositions wallonnes
En conséquence, la Cour constitutionnelle a prononcé l'annulation intégrale des articles 5 et 6 du décret de la Région wallonne du 29 avril 2024. Les magistrats ont annulé ces deux articles dans leur entièreté, considérant que leurs différentes dispositions étaient indissociablement liées entre elles.
Pour les développeurs éoliens, cette annulation signifie qu'ils ne sont plus légalement tenus de proposer l'ouverture de près de 50 % de leur projet aux acteurs locaux pour obtenir un permis d'environnement. Ils retrouvent ainsi une plus grande marge de manœuvre dans la structuration financière de leurs parcs éoliens.
Bien que la participation citoyenne reste un modèle encouragé par les pouvoirs publics, elle redevient une démarche volontaire et non une obligation légale stricte. Ce revirement jurisprudentiel apporte une clarification majeure pour les investissements dans le secteur des énergies renouvelables en Belgique.
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Ce qu'il faut retenir
Annulation partielle du décret
La Cour constitutionnelle a annulé les articles 5 et 6 du décret wallon du 29 avril 2024.
Fin de la participation obligatoire
Les développeurs éoliens ne sont plus contraints d'ouvrir 49,98 % de leur projet aux citoyens et communes.
Liberté d'entreprendre restaurée
La mesure a été jugée comme une restriction disproportionnée à la liberté de choix des partenaires économiques.
La décision de la Cour constitutionnelle clarifie les limites de l'interventionnisme des régions dans les projets de transition énergétique. Si l'implication financière des citoyens et des pouvoirs locaux reste un enjeu pour l'acceptation des parcs éoliens, elle ne peut primer de façon disproportionnée sur les libertés économiques des entreprises. Cet arrêt offre une sécurité juridique immédiate aux investisseurs actifs en Wallonie.
Questions fréquentes
Il obligeait les développeurs de projets éoliens à proposer une participation financière d'au moins 24,99 % aux citoyens et 24,99 % aux communes pour obtenir leur permis.
La Cour a estimé que la combinaison de ces quotas élevés avec un mécanisme de départage prioritaire constituait une entrave disproportionnée à la liberté d'entreprendre et à la libre circulation des capitaux.
L'annulation supprime l'obligation légale de réserver près de la moitié du financement aux acteurs locaux. Les promoteurs retrouvent la liberté d'organiser le financement de leurs projets.
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