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Jurisprudence

Encadrement des loyers à Bruxelles : le recours du secteur immobilier rejeté

6 min de lecture

Par un arrêt rendu le 17 septembre 2026, la Cour constitutionnelle a rejeté le recours en annulation introduit par plusieurs acteurs du secteur immobilier contre l'encadrement des loyers en Région de Bruxelles-Capitale. Ce dispositif, entré en vigueur en mai 2025, vise à protéger les locataires contre les loyers abusifs via une grille de référence et une Commission paritaire locative. Analyse de cette décision et de ses conséquences pour le marché locatif bruxellois.

En bref
Juridiction
Cour constitutionnelle
Date de l'arrêt
17 septembre 2026 (Arrêt n° 105/2026)
Entrée en vigueur de la mesure
1er mai 2025
Décision
Rejet du recours (irrecevable ratione temporis)

Contexte : la mise en place de l'encadrement des loyers à Bruxelles

L'encadrement des loyers en Région de Bruxelles-Capitale est un sujet qui cristallise de nombreuses tensions entre les associations de locataires et les représentants des propriétaires. Le principe de ce mécanisme a été initialement adopté par une ordonnance du Parlement bruxellois en octobre 2021. Son objectif est clair : lutter contre les loyers jugés abusifs en se basant sur une grille indicative des loyers et en permettant aux locataires de contester un montant trop élevé. En cas de litige, le dossier peut être soumis à une Commission paritaire locative, spécifiquement créée pour évaluer la conformité du loyer demandé par rapport aux références du marché.

Toutefois, la mise en œuvre de ce texte ne s'est pas faite immédiatement. Le gouvernement bruxellois avait décidé de surseoir à son application afin de prendre le temps d'améliorer la fiabilité de la grille tarifaire de référence. Ce n'est que plusieurs années plus tard, à la suite de l'adoption d'une nouvelle ordonnance, que l'encadrement effectif des loyers est entré en vigueur, plus précisément le 1er mai 2025.

Face à cette activation concrète, plusieurs organisations professionnelles majeures du secteur (dont l'Union professionnelle du secteur immobilier, Embuild, le Syndicat national des propriétaires et copropriétaires, ainsi que la confédération flamande des professionnels de l'immobilier, Federia et l'UCM) ont introduit un recours en annulation devant la justice, estimant que la grille restait déconnectée de la réalité du marché et portait atteinte à leurs droits.

Pourquoi la Cour constitutionnelle a-t-elle rejeté le recours ?

Le 17 septembre 2026, la Cour constitutionnelle a rendu son arrêt (numéro 105/2026) concernant ce dossier épineux touchant au droit immobilier. La haute juridiction a décidé de rejeter le recours des requérants de manière catégorique.

La motivation principale de la Cour ne porte cependant pas sur le fond du dossier, mais sur un argument procédural strict : l'irrecevabilité *ratione temporis*. En droit belge, un recours en annulation contre une disposition légale telle qu'une ordonnance doit impérativement être introduit dans un délai de six mois suivant sa publication au Moniteur belge.

Dans son arrêt, la Cour a constaté que les griefs de fond soulevés par les fédérations immobilières (concernant la qualité de la grille et l'atteinte au droit de propriété) visaient en réalité les dispositions fondatrices de l'ordonnance originelle d'octobre 2021. La nouvelle ordonnance de 2025, elle, se contentait uniquement de fixer la date d'entrée en vigueur au 1er mai 2025, sans modifier le mécanisme en lui-même. Le délai de six mois pour attaquer les règles de 2021 étant largement dépassé lors de l'introduction de l'action, le recours a été déclaré irrecevable. Par conséquent, le mécanisme d'encadrement des loyers est maintenu.

Les fédérations immobilières maintiennent leurs critiques sur le fond

Malgré ce rejet procédural, le secteur de l'immobilier souligne que la Cour constitutionnelle ne s'est pas prononcée sur le fond de l'affaire. Pour les différentes organisations requérantes, la question centrale de la proportionnalité de la mesure et d'une potentielle violation du droit de propriété reste donc totalement ouverte.

Ces organisations pointent de nombreuses lacunes persistantes dans le système actuel. Elles estiment que la grille des loyers, qui sert de base absolue à l'ensemble du dispositif contraignant, est obsolète. Elle reposerait sur des données récoltées entre 2017 et 2020 et sur un échantillon jugé trop faible d'à peine 14 000 baux, ce qui ne reflèterait absolument plus la réalité locative bruxelloise actuelle. Les syndicats de propriétaires réclament que cette grille redevienne purement indicative et non contraignante.

Les requérants mettent également en avant les premiers retours de la Commission paritaire locative : selon eux, à peine 22 % des loyers qui lui sont présentés sont finalement jugés véritablement abusifs.

Bon à savoir : Les fédérations rappellent aux bailleurs qu'il est toujours possible de contester la constitutionnalité du dispositif lors de litiges individuels. Si vous avez un bail d'habitation : faites sécuriser votre contrat par un professionnel, et sachez qu'un magistrat siégeant en Justice de paix peut toujours poser une question préjudicielle à la Cour constitutionnelle pour trancher un conflit entre un propriétaire et un locataire.

Vers une actualisation de la grille d'ici deux ans

Du côté des autorités politiques, la Secrétaire d'État bruxelloise au Logement, Karine Lalieux (PS), a vivement salué cet arrêt. Selon elle, la décision permet de poursuivre le déploiement de ce qu'elle considère comme un outil important pour mieux protéger les locataires bruxellois confrontés à des prix exorbitants, tout en privilégiant la conciliation.

Toutefois, consciente des critiques légitimes concernant la fiabilité des données, la Secrétaire d'État a annoncé vouloir faire de l'actualisation de la grille indicative des loyers un des chantiers prioritaires de l'actuelle législature. Affirmant vouloir avancer « sans confondre vitesse et précipitation », elle table sur un travail de plusieurs mois avec l'objectif de disposer d'une grille totalement actualisée d'ici deux ans.

Ce processus de révision méthodologique se déroulera en deux étapes distinctes :

  • Première étape : Une actualisation rapide des variables et des équations du modèle statique de la grille, en s'appuyant sur les bases de données actuellement disponibles.
  • Seconde étape : La collecte de nouvelles données nettement plus larges pour corriger les biais majeurs existants. À l'heure actuelle, la base de données souffre notamment d'une surreprésentation manifeste des enregistrements de baux dans les communes les plus aisées de la capitale, et d'une sous-représentation des baux plus anciens.

Pour mener à bien ce vaste chantier, le gouvernement prévoit de relancer rapidement le travail de l'Observatoire des loyers ainsi que les enquêtes de terrain. La nouvelle mouture devra également exploiter plus efficacement les données accessibles via la plateforme Irisnet, et mieux intégrer l'impact de la localisation précise d'un bien sur son niveau de loyer.

6 moisDélai légal suivant la publication d'une ordonnance au Moniteur belge pour introduire un recours en annulation devant la Cour constitutionnelle.

Ce qu'il faut retenir de l'arrêt

Recours rejeté

La Cour constitutionnelle a rejeté le recours du secteur immobilier pour cause de dépassement du délai légal (irrecevabilité ratione temporis).

Encadrement maintenu

Le dispositif de contrôle des loyers abusifs à Bruxelles, entré en vigueur en mai 2025, reste pleinement applicable.

Critiques persistantes

Les syndicats immobiliers dénoncent une grille obsolète basée sur des données de 2017-2020 et demandent qu'elle soit purement indicative.

Réforme en vue

La Secrétaire d'État au Logement s'engage à actualiser la grille des loyers d'ici deux ans pour qu'elle soit plus représentative du marché.

L'avis de la rédaction

Cet arrêt illustre l'importance des délais de procédure en droit constitutionnel. En rejetant le recours sur la forme, la Cour maintient l'encadrement des loyers à Bruxelles sans valider sa conformité au droit de propriété sur le fond. Cela laisse la porte ouverte à de futures questions préjudicielles devant les justices de paix. Pour les bailleurs bruxellois, il est impératif de se conformer à la grille actuelle dans l'attente d'une refonte statistique annoncée d'ici 2028.

La rédaction juridique JuriUp
Analyse éditoriale JuriUp

Questions fréquentes

Il s'agit d'un mécanisme légal visant à interdire aux bailleurs de fixer des loyers dits « abusifs », en se basant sur une grille indicative de référence tenant compte des caractéristiques du marché locatif.

Le recours a été introduit après le délai légal de six mois suivant la publication de l'ordonnance d'octobre 2021 au Moniteur belge. La Cour a donc jugé la demande irrecevable pour des raisons de délais (ratione temporis).

Oui. Le gouvernement bruxellois a annoncé une actualisation de la grille en deux étapes d'ici deux ans, afin de corriger les biais statistiques et d'utiliser des données plus récentes et représentatives de toutes les communes.

Bien que le recours en annulation général ait été rejeté, un propriétaire impliqué dans un litige locatif individuel peut demander au Juge de paix de poser une question préjudicielle à la Cour constitutionnelle sur le fond du dossier.

Sources officielles

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Cet article est fourni à titre d'information générale et reflète l'état du droit à sa date de publication ; il ne constitue pas un conseil juridique et ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation étant particulière, faites analyser la vôtre par un avocat avant toute décision.

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