Plus-value immobilière : la Cour constitutionnelle tranche sur les délais
Revendre un bien immobilier peu après son achat peut coûter cher sur le plan fiscal. Dans son arrêt du 10 septembre 2020, la Cour constitutionnelle belge s'est penchée sur la taxation de la plus-value. Elle confirme une règle stricte : si la valeur du bâtiment représente moins de 30 % du prix total, l'exonération pour l'habitation propre est perdue, le bien étant assimilé à un terrain. Le délai pour échapper à l'impôt passe alors de 5 à 8 ans.
- Juridiction
- Cour constitutionnelle
- Date de l'arrêt
- 10 septembre 2020
- Numéro de l'arrêt
- 95/2020
- Objet
- Impôt sur la plus-value (délais de 5 ou 8 ans et seuil de 30 %)
-
Article 90, alinéa 1er, 10° du CIR 1992Taxation des plus-values sur les biens bâtis revendus dans les 5 ans.
-
Article 90, alinéa 1er, 8° du CIR 1992Taxation des plus-values sur les terrains non bâtis revendus dans les 8 ans.
-
Article 91 du CIR 1992Règle des 30 % assimilant un bien bâti à un terrain non bâti.
-
Article 93bis, 1° du CIR 1992Exonération d'impôt pour l'habitation propre.
La taxation de la plus-value immobilière en Belgique
En Belgique, la loi fiscale prévoit une taxation des plus-values réalisées lors de la revente d'un bien immobilier. L'article 90, alinéa 1er, 10° du Code des impôts sur les revenus 1992 (CIR 1992) cible spécifiquement les reventes rapides. Si vous vendez un bien bâti dans un délai de 5 ans suivant son acquisition à titre onéreux, la plus-value réalisée est soumise à l'impôt.
Toutefois, l'article 93bis, 1° du même Code offre une protection pour de nombreux propriétaires : l'exonération de la plus-value sur l'habitation propre. Cette exonération s'applique si le bien a été l'habitation principale du contribuable pendant une période ininterrompue d'au moins 12 mois avant la vente - avec une tolérance de 6 mois d'inoccupation maximum.
Le piège de l'article 91 : la règle des 30 %
Il existe une exception stricte à cette exonération. Selon l'article 91 du CIR 1992, si vous vendez un terrain sur lequel est érigé un bâtiment, et que la valeur vénale de ce bâtiment représente moins de 30 % du prix de réalisation global de l'ensemble, le bien est légalement assimilé à un terrain non bâti.
La conséquence fiscale est lourde : l'exonération pour l'habitation propre ne peut plus s'appliquer. La plus-value devient alors imposable. La loi considère que l'opération relève de la spéculation sur la valeur du terrain, plutôt que de la revente d'un logement familial.
Les faits : un litige autour d'une habitation familiale
Dans l'affaire ayant mené à l'arrêt 95/2020, des contribuables avaient vendu en 2015 un domaine acquis en 2011 - soit bien dans le délai d'imposition. L'un des bâtiments abritait leur habitation familiale. Ils n'ont déclaré aucune plus-value, pensant bénéficier de l'exonération.
Cependant, l'administration fiscale s'est appuyée sur une évaluation pour démontrer que la valeur des bâtiments était inférieure à 30 % du prix total de la vente. Les contribuables ont donc subi un redressement. Face à ce litige, ils ont initié un recours fiscal devant le tribunal de première instance puis devant la Cour d'appel de Gand. C'est à ce moment que la question de la légalité de cette limite de 30 % a été soulevée.
La Cour constitutionnelle valide la règle (Arrêt 95/2020)
Dans son arrêt du 10 septembre 2020, la Cour constitutionnelle a tranché. Elle confirme que l'article 91 du CIR 1992 ne viole pas les articles 10 et 11 de la Constitution, qui garantissent les principes d'égalité et de non-discrimination.
La Cour justifie cette décision par plusieurs éléments factuels :
- La lutte contre la spéculation foncière : Le but de la loi est d'éviter qu'un terrain à bâtir très cher échappe à l'impôt simplement parce qu'un bâtiment de faible valeur y est érigé.
- L'évitement des abus : Fixer un seuil forfaitaire de 30 % permet d'avoir un critère objectif et d'éviter les contestations sur la ventilation du prix entre le terrain et la construction.
- L'adoucissement du calcul : L'article 101, paragraphe 2, du CIR 1992 vient tempérer cette rigueur. Le prix d'acquisition est majoré d'un forfait de frais de 25 % - ou des frais réels - et de 5 % pour chaque année écoulée, ce qui abaisse mécaniquement la plus-value imposable.
En cas de doute sur la valorisation de votre bien avant une revente, n'hésitez pas à créer un dossier sur JuriUp pour être accompagné par un avocat.
En résumé, la Cour rappelle aux propriétaires que si l'article 91 s'applique (assimilation à un terrain non bâti), le bien est soumis à l'article 90, alinéa 1er, 8° du CIR 1992. Il faut alors patienter et reporter la cession au-delà du délai de 8 ans (et non 5 ans) pour échapper à cette taxation et à la présomption de spéculation.
Ce qu'il faut retenir
Règle des 5 ans
Revendre un bien immobilier bâti dans les 5 ans de son achat entraîne en principe une taxation de la plus-value.
Exonération
L'habitation propre du vendeur est généralement exonérée de cette taxe.
Seuil de 30 %
Si la valeur du bâtiment est inférieure à 30 % du prix total, l'exonération est annulée et le bien est assimilé à un terrain non bâti.
Délai de 8 ans
Suite à cette assimilation, le délai de détention pour échapper à la taxation passe à 8 ans.
Arrêt 2020
La Cour constitutionnelle confirme la validité de ce seuil objectif pour lutter contre la spéculation.
L'arrêt de la Cour constitutionnelle du 10 septembre 2020 a le mérite de la clarté. En validant fermement le seuil des 30 %, la juridiction rappelle que l'administration fiscale dispose d'outils constitutionnels pour contrer la spéculation foncière. Pour les particuliers, cette décision souligne l'importance de bien calculer son délai de détention - qui s'allonge à 8 ans si le bien est assimilé à un terrain - avant de revendre précipitamment une propriété.
Questions fréquentes
Vous êtes taxé si vous revendez un bien bâti avec profit dans les 5 ans suivant son acquisition (sauf exception pour l'habitation propre), ou dans les 8 ans pour un terrain non bâti.
Si la valeur du bâtiment vendu est inférieure à 30 % du prix de vente global, le bien est traité fiscalement comme un terrain non bâti. Vous perdez alors l'exonération pour habitation propre.
La solution légale la plus sûre est de reporter la cession au-delà du délai de 5 ans. Toutefois, si la règle des 30 % s'applique (assimilant le bien à un terrain non bâti), le délai de détention passe à 8 ans suivant la date de l'acte d'acquisition.
Vous êtes concerné par cette situation ?
Créez un dossier gratuit sur JuriUp : un avocat en Belgique analyse votre cas et vous recontacte sous 48h.
Créer mon dossier gratuitementCet article est fourni à titre d'information générale et reflète l'état du droit à sa date de publication ; il ne constitue pas un conseil juridique et ne saurait engager la responsabilité de JuriUp. Chaque situation étant particulière, faites analyser la vôtre par un avocat avant toute décision.